Le jeu de yoga, par Scott Florence

Une des choses les plus intéressantes lorsqu’on enseigne le yoga aux enfants, c'est qu'ils ne prennent pas ça au sérieux. Ils rigolent, ils ricanent, ils ne gardent pas leurs postures (s’ils réussissent à les accomplir — ou se donnent même la peine de les essayer en tout premier lieu) — bref, ils adoptent les mêmes comportements qui rendent pourtant les adultes généralement de plus en plus tendus sur leurs tapis lorsqu’ils pratiquent le yoga.

L'enfant est venu à une PRATIQUE de yoga. L’adulte cherche à PARFAIRE son yoga.

Il n'y a pas de parfait dans le yoga. Du début à la fin, il s’agit de pratique. De processus. C'est un jeu où vous vous ajustez constamment afin de trouver un équilibre entre votre mental, votre corps et votre esprit.

Les asanas, cette pratique physique sur le tapis, ne constituent pas le yoga. Ils représentent une manière de parvenir à vos fins, ils servent de jeu par lequel vous pouvez équilibrer vos pensées, votre corps et votre esprit. J'utilise la notion d’équilibre plutôt que celle d’unité, parce que cette dernière impliquerait que les trois ne sont pas liés entre eux et que la pratique du yoga permettrait de les unir; mais ce n'est pas vrai. Je sais que mes pensées, mon esprit et mon corps sont liés — mon esprit aspire à se connecter avec quelque chose de plus grand, mon intellect est séduit par l’idée que l’ambition matérielle constitue cette connexion, et mon corps mettra les bouchées doubles puis se soumettra à un stress pour satisfaire cette ambition. La connexion est claire — mais elle n’est pas équilibrée. La pratique du yoga est cette pratique qui permet de ramener l'équilibre dans mes pensées, mon corps et mon esprit — et c’est seulement de cette manière que nous pouvons dire que les trois sont unis par le yoga.

Mais revenons aux enfants qui s'amusent sur le tapis, rigolent, tombent, et ne prennent pas la pratique du yoga au sérieux. Peut-être ces enfants pratiquent-ils un yoga plus puissant que celui qui pousse l’adulte moyen à tant s’appliquer pour atteindre la perfection sur le tapis. Je vous entends me dire « Un instant… »,
pression artérielle à la hausse… « leurs corps, leurs pensées et leurs esprits peuvent être unis comme vous le suggérez plus haut, mais en aucun cas peut-on prétendre qu’ils ont atteint l’équilibre. »

Leurs pensées, leurs corps et leurs esprits sont-ils connectés — ou plutôt, sont-ils en équilibre? Une question complexe. Si nous les évaluons selon nos normes d’adultes, non; mais ce ne sont pas des adultes. Les enfants apprennent encore, ils grandissent et leurs capacités cognitives et émotionnelles s’épanouissent peu à peu. Comment apprennent-ils? Comment se développent-ils? Par le jeu! Mon enfant de 3 ans est constamment en train de reproduire ce qui lui arrive au cours de la journée, de se rejouer sans cesse ce qu'il voit autour de lui, parfois directement (il aime jouer à « mettre bébé au lit »), parfois par le jeu créatif d'interprétation (en jouant aux monstres, alors que tantôt c’est moi le monstre tantôt c’est lui, et que nous apprenons à explorer nos peurs et notre courage à travers le jeu d'interprétation).

Pour être plus précis, l'enfant sur
le tapis ne pense pas que le but du yoga est d’accomplir la « posture parfaite ». Il s’investit dans une pratique joyeuse, continue à apprendre à remettre ses pensées, son corps et son esprit en équilibre, là où il est, aujourd'hui. Les enfants le font avec joie. Ils le font avec élan. Ils ne sont pas tracassés s’ils vacillent — ils s’en glorifient. Ils jouent avec leurs oscillations. Ils les utilisent pour cerner et explorer leurs limites. Ils ne se prennent pas trop au sérieux et font de même pour la pratique. Et nous devrions tous agir ainsi lorsque nous sommes sur le tapis.

Le tapis n'est pas le but. Il s’agit juste d’un moyen pour parvenir à une fin. Alors la prochaine fois que vous êtes sur le tapis, dans la position du chien la tête en bas, poussez un petit jappement. Juste pour vous garder en équilibre.

 

Scott




 

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